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Dans une classe d’une école du quartier de Kawangware, à Nairobi, au Kenya, en octobre 2015.
Dans une classe d’une école du quartier de Kawangware, à Nairobi, au Kenya, en octobre 2015. SIMON MAINA / AFP

La pandémie de Covid-19 agit partout dans le monde comme un révélateur des forces et des failles de chaque pays. Dans la lutte contre la propagation du nouveau virus, l’utilisation des technologies numériques s’est révélée un atout autant qu’une menace pesant sur les libertés individuelles, et a réveillé un vif débat citoyen. L’Afrique ne fait pas exception, malgré un niveau de contamination qui ne représente que 1,4 % du total mondial et seulement 0,7 % de tous les décès.

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Prévention, information, traçage et suivi des malades grâce à l’utilisation de données personnelles, mais aussi création des solutions logicielles et impression 3D de matériels médicaux : les nouvelles technologies se sont imposées. Autour de la table virtuelle, confinement oblige, quatre personnalités du continent ont répondu à l’invitation du Monde Afrique, vendredi 8 mai, pour nourrir le débat « La tech, pour le meilleur ou pour le pire ? ».

« Nous vivons dans des sociétés de regard permanent », pose Abdoullah Cissé, professeur de droit, spécialiste du numérique. L’ancien recteur de l’université Alioune-Diop de Bambey, au Sénégal, enfonce le clou : « Partout où il y a information, il y a possibilité d’un contrôle pernicieux de la pensée et des croyances. On voit se développer tous azimuts la géolocalisation, la surveillance, la traçabilité. Plus que jamais, il nous faut être vigilants en matière de protection de données personnelles. »

« Pas de transfert de responsabilité »

« Même en exigeant le consentement des citoyens pour que leurs données personnelles puissent être utilisées, le danger est évidemment de traquer les individus en traquant le virus, soutient Gildas Guiella, créateur de WakatLab, premier fab-lab africain en 2011 basé à Ouagadougou. Le laboratoire numérique a, entre autres, mis au point pour les autorités burkinabées deux plates-formes numériques. L’une destinée à permettre aux citoyens d’évaluer leur niveau de risque de contamination au Covid-19 et à les mettre en relation avec les autorités sanitaires ; l’autre à suivre à distance les cas contacts.

Pour le pire donc, mais aussi pour le meilleur, répond en substance Moustapha Cissé, professeur d’intelligence artificielle (IA) à l’Institut africain de sciences qui a créé avec Facebook et Google en 2017 le premier master d’IA du continent. Le Sénégalais, qui dirige le Centre Google basé à Accra, au Ghana, le rappelle : « Peu importe la technologie qu’on crée et l’intelligence qu’on lui attribue, elle reste inanimée. On ne doit pas faire de transfert de responsabilité sur la technologie, nous sommes les seuls responsables de son utilisation. »

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D’autant plus que les outils qui permettent d’implémenter les garde-fous au moment de la conception même des technologies numériques existent déjà, argue le mathématicien. Une responsabilité à partager entre les Etats, qui doivent créer un cadre législatif protecteur, mais aussi entre les fabricants et les utilisateurs, développe-t-il. Ces deux derniers devant être capables de conceptions numériques intégrant l’éthique et de choix éclairés. Une technologie « qui soit alignée sur les valeurs que chaque société considère comme les meilleures », veut croire Moustapha Cissé.

L’enjeu, politique, est considérable

Un scénario idéal qui se grippe bien souvent là où commence le rapport de forces entre les Etats et les géants mondiaux du numérique. Au Nord comme au Sud. Car, questionne Abdoullah Cissé, « qui aujourd’hui oblige les sociétés privées à intégrer ces règlements ? Qui est intéressé à la protection des valeurs non marchandes, les valeurs humaines, qui constituent bien souvent un obstacle à la spéculation et à l’appât du gain facile ? »

« Dans une société cybernétique mondialisée, où les valeurs s’entrechoquent, sur quelles bases peut-on parvenir à trouver un consensus pour défendre les vraies valeurs de la société de l’information et de l’économie du savoir ? Ce n’est pas une affaire simple : tout le monde sait ce qu’il faut faire, mais personne ne pose un acte », ajoute-t-il.

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La question ne serait donc pas technique, mais politique. L’enjeu, lui, est considérable. Même si le continent est parti avec une longueur de retard dans la course numérique, aujourd’hui 37,2 % du 1,2 milliard d’Africains ont accès à Internet, selon les chiffres 2020 du rapport Global Digital de l’agence internationale We Are Social. Et, selon les prévisions que le cabinet d’audit et de conseil Deloitte faisait en avril 2018, plus de 660 millions d’Africains devaient être équipés en 2020 d’un smartphone, un chiffre multiplié par deux en quatre ans.

« Un énorme travail de sensibilisation »

« Mais seulement 6 % des données de la zone UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine, qui regroupe huit pays] sont conservées sur le continent !, révèle le professeur Abdoullah Cissé, à qui l’on doit la création et l’adoption en juin 2014 de la Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité, première trame de protection panafricaine. En travaillant à l’échelle continentale, on s’est rendu compte que la moitié des Etats africains n’ont aucun dispositif de protection des données conformes. »

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Au-delà de la souveraineté des individus sur leur vie privée, c’est donc aussi la souveraineté des Etats qui est en jeu : « Aujourd’hui, un Etat ne peut plus être souverain au plein sens du terme s’il n’a pas le contrôle de ses données. Sur ce terrain-là, il y a encore un énorme travail de sensibilisation des autorités et des utilisateurs à faire », précise M. Cissé.

Comment récupérer cette richesse numérique qui s’apparente aujourd’hui à un pillage consenti si les Etats ne prennent pas la mesure des enjeux ? Et est-ce encore possible ? « Nos données doivent être traitées en local, rebondit Gildas Guiella. On a désormais les capacités de le faire, on a des serveurs sur le continent que l’on doit développer davantage pour avoir le contrôle. »

« La clé, c’est l’éducation »

Développer les infrastructures sur le continent est donc incontournable, mais l’entrepreneuse Arielle Kitio, ambassadrice du Next Forum Einstein en 2019, va plus loin en appelant au renforcement de l’écosystème économique basé sur le numérique : « Il faut que les Africains soient dans une logique de producteurs de contenus pour que les solutions créées leur bénéficient. Tant qu’on sera assis avec la main tendue à attendre que les solutions tombent de l’Occident ou d’ailleurs, elles serviront d’abord les intérêts de ceux qui les ont conçues. »

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Mais à quoi servira d’avoir « les meilleures infrastructures, les meilleurs algorithmes, si on n’a pas les personnes éduquées pour les utiliser correctement et dans le respect de l’intérêt général, interroge la Camerounaise. La clé, c’est l’éducation. » La doctorante en génie logiciel, bachelière à 15 ans, accumule les récompenses internationales pour avoir créé à Yaoundé une école de codage, le Caysti, à destination des 6-15 ans.

Tous en conviennent, l’Afrique doit urgemment investir dans sa jeunesse, qui représente la moitié de sa population. La former, lui offrir une éducation « intelligente » est un pari sur l’avenir numérique du continent. A ce titre, pour Abdoullah Cissé comme pour Moustapha Cissé, les nouvelles technologies sont une « opportunité extraordinaire ».

Si le sage du cyberdroit estime qu’en matière de numérique, « il n’y a que le sur-mesure qui fonctionne, il faut éviter le prêt-à-porter de politiques publiques obsolètes », le mathématicien, lui, prophétise que « la technologie numérique est le grand vecteur de démocratie ». « Voyez donc, conclut-il, on a juste besoin d’un ordinateur et d’électricité. Tout le savoir est en ligne. Si on arrive à libérer la créativité, chacun peut contribuer. Cela ne demande pas des brevets excessivement chers ni d’outils industriels coûteux, c’est la nouveauté avec les précédentes révolutions industrielles. »

Revivez l’intégralité des quatre web-débats organisés par « Le Monde Afrique » en cliquant ici.



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